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Présentation générale
Œuvre principale
Anonyme, commode à deux rangs de tiroirs, vers 1740. Bâti de chêne, placage en façade d'une laque de Chine, vernis Martin sur les côtés, bronzes ciselés et dorés, marbre Sarrancolin.
H. 87 cm, L. 147 cm, Pr. 65 cm — Paris, Musée des Arts décoratifs (legs Jean-Pierre Hugot, 1979).
Problématique
Comment circulent et se diffusent les œuvres d'art, et quel est l'apport des échanges artistiques ?
Compétences travaillées
Esthétique
Se familiariser avec les lieux artistiques et patrimoniaux par une fréquentation la plus régulière possible et par l'acquisition des codes associés.
Méthodologique
Distinguer des types d'expression artistique, leurs particularités matérielles et formelles, leur rapport au temps et à l'espace ; établir des liens et distinctions entre œuvres d'aire culturelle commune ou différente.
Culturel
Connaître une sélection d'œuvres emblématiques du patrimoine mondial ; maîtriser un vocabulaire permettant de s'exprimer spontanément et personnellement sur des bases raisonnées.
Sens et intérêt du travail
Le point de départ est une commode du XVIIIe siècle qui associe un placage de laque de Chine en façade et un vernis Martin (l'imitation française de la laque) sur les côtés. Cet objet composite permet d'étudier concrètement la circulation des œuvres entre la Chine et la France au XVIIIe siècle. Les œuvres complémentaires élargissent la question à la circulation des techniques, des motifs et des formes entre différentes aires culturelles, du XVIe au XVIIIe siècle.
Ce qui ne sera pas envisagé avec les élèves : l'œuvre principale n'est analysée que sous l'angle des motifs, techniques et formes qui circulent entre la France et la Chine au XVIIIe siècle. Hors la séance sur Les Indes Galantes, les questions de l'exotisme et de la représentation de l'ailleurs dans les arts extra-européens ne sont pas approfondies.
Œuvres complémentaires
Jean-Denis Attiret, Portrait d'Erdeni, chef de la tribu mongole « Dobet », vers 1755, huile sur papier, Berlin, Musée ethnologique
Yi Liantai (graveur), Pékin, Le Palais de la mer calme (Giuseppe Castiglione, architecte), vers 1783, gravure en taille-douce, BnF
Les Indes Galantes, opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau, 1735
Giovanni Battista Piranesi, Pyramide de Caius Cestius, gravure sur cuivre, série Vedute di Roma, Italie, 1773
Attiret, Castiglione
échanges Chine / Europe au XVIIIe s.
Rameau
l'ailleurs dans la musique au XVIIIe s.
Piranèse
la gravure et la circulation des œuvres
Galland / Boucher
l'orient et le libertinage au XVIIIe s.
Commode
en laque
XVIIIe siècle
Mots-clés
Échanges : emprunt, inspiration, métissage, hybridation, exotisme, ailleurs
Mobilier : laque (technique), laque (objet), vernis Martin, chinoiserie
Musique : opéra-ballet, comédie-ballet, fusées de gammes, diminution rythmique, ostinato, pentatonisme
Gravure : estampe, taille-douce, taille d'épargne, pointe sèche, matrice
Étapes de la mise en œuvre — 5 séances
1
La laque de Chine : circulation d'une technique et adaptation au goût européen
4h
Démarche
Plusieurs vues de la commode sont présentées pour un premier questionnement : quelles techniques ? quelle aire géographique ? en quoi ce meuble est-il composite ?
À partir d'une présentation du vernis Martin (site du musée des Arts décoratifs), les élèves caractérisent la technique chinoise de la laque et son adaptation française par les frères Martin, et explorent sa diffusion sur d'autres objets (instruments scientifiques, clavecins, harpes).
Éléments de réflexion
La laque, inventée en Chine, connaît un apogée sous les Han puis un nouvel essor sous les Ming et les Qing. Trois grandes compagnies de commerce (anglaise, hollandaise, française) importent laques et objets d'Asie au XVIIe siècle.
Face à une demande européenne que l'importation ne suffit pas à satisfaire, des vernisseurs comme les frères Martin mettent au point un vernis français imitant la laque asiatique — le fameux « vernis Martin ».
2
Le goût de l'art européen à la cour de l'empereur de Chine au XVIIIe siècle
4h
Démarche
Le Portrait d'Erdeni de Jean-Denis Attiret ouvre le questionnement : d'où vient cette œuvre, pourquoi est-elle dégradée, quels points communs avec les portraits occidentaux ?
La comparaison avec un portrait chinois anonyme de l'époque Qing met en évidence les emprunts et les résistances stylistiques ; le portrait équestre de Qianlong attribué à Castiglione illustre une autre forme d'hybridation ; l'étude se termine sur l'architecture du Palais de la mer calme.
Éléments de réflexion
La présence d'artistes jésuites européens à la cour de l'empereur Qianlong relève d'une stratégie d'inculturation : ils adoptent la langue, les rites et les usages chinois pour se faire accepter.
Attiret intègre certains codes de la peinture chinoise (support, cadrage, frontalité) tout en restant fidèle à la peinture à l'huile occidentale — un exemple de métissage pictural, que confirme le témoignage du missionnaire Joseph-Marie Amiot sur les réticences de l'empereur envers la peinture à l'huile.
Le palais du Haiyantang, construit par Castiglione dans le Yuanming Yuan, associe vocabulaire architectural classique européen (colonnes, frontons) et adaptations au goût chinois (toits incurvés en pagode) — un « Versailles chinois ».
3
Les Indes Galantes, entre rêve et réalité
2h
Démarche
À partir d'écoutes, du livret, de reproductions de costumes et d'un écrit théorique de Rameau, les élèves déterminent comment l'exotisme se manifeste dans l'opéra-ballet : quels espaces géographiques, quelle représentation visuelle et sonore de l'ailleurs ?
Écoutes proposées : la scène de la Fête du Soleil (Les Incas du Pérou), la scène de l'éruption volcanique, la Danse du calumet de la paix (Les Sauvages).
Éléments de réflexion
Le livret de Louis Fuzelier transporte les spectateurs dans quatre contrées lointaines, mais les intrigues restent des histoires galantes : un exotisme avant tout merveilleux et imaginaire, non documentaire.
Musicalement, Rameau reste dans les codes du style baroque français : aucun instrument extra-européen, un ostinato rythmique dans la danse du Calumet plus proche de l'esthétique française que d'une véritable citation amérindienne. Ses recherches théoriques (Code de musique pratique) montrent pourtant une réelle connaissance du système pentatonique chinois — connaissance qui ne transparaît toutefois pas dans son écriture.
4
L'acclimatation des Mille et une nuits en France
3h
Démarche
Lecture de textes pour déterminer quel usage du conte oriental est fait par différents auteurs, puis observation du tableau de François Boucher et discussion sur l'influence du conte oriental et du libertinage.
Éléments de réflexion
La traduction des Mille et une nuits par Antoine Galland (à partir de 1704) déclenche une véritable vogue du conte oriental en France (pastiches, parodies, déclinaisons diverses).
Le courant libertin s'empare de cette « matière d'orient » pour exprimer une pensée critique de manière détournée : Montesquieu (Lettres persanes), Voltaire (Zadig, Candide, La Princesse de Babylone), Crébillon fils (Le Sopha). L'Odalisque de Boucher (1745) synthétise la rêverie érotique suscitée par ces contes.
5
L'estampe, un moyen de circulation des idées et de diffusion des œuvres
2h
Démarche
À partir de la gravure de Piranèse La pyramide de Caius Cestius, les élèves déterminent comment l'orient et le motif de la ruine se manifestent dans cette œuvre.
Éléments de réflexion
Avant l'invention de la photographie, l'estampe est le principal moyen de diffuser et de faire circuler les œuvres peintes de grands maîtres (ex. les fresques disparues de la galerie d'Ulysse à Fontainebleau, connues aujourd'hui grâce aux gravures de Van Thulden).
Piranèse consacre sa vie à graver l'antiquité romaine (Vedute di Roma) pour en affirmer la supériorité et offrir des modèles aux architectes de son temps : une œuvre à la fois documentaire et poétique, qualifiée d'« archéologie poétique ».
Ressources bibliographiques (sélection)
Le meuble de laque au XVIIIe siècle
G. Béguin et al., Pagodes et dragons, Éditions Paris musées, 2007
A. Forray-Carlier (dir.), Les secrets de la laque française. Le vernis Martin, Éditions Les arts décoratifs, 2014
M.-L. de Rochebrune (dir.), La Chine à Versailles, catalogue d'exposition, 2014
Attiret et l'exotisme français en Chine
M. Beurdeley, Peintres Jésuites en Chine au XVIIIe siècle, Éditions Anthèse, 1997
P. Arizzoli-Clémentel (dir.), Kangxi : Empereur de Chine, 1662-1722, RMN, 2004
V. Fris-Larrouy, D'un soleil à l'autre, Éditions de la Bisquine, 2017
Les Indes Galantes
P. Beaussant, Rameau de A à Z, Fayard, 1983
M. Auclair, E. Giuliani, Rameau et la scène, catalogue d'exposition BnF/Opéra, 2014
Les Mille et une nuits & l'orientalisme
T. Todorov, « Les Hommes récits : les Mille et Une Nuits », in Poétique de la prose, Seuil, 1971
I. Apostolou, L'Orientalisme des voyageurs français au XVIIIe siècle, PU Paris-Sorbonne, 2009
Exposition virtuelle Mille et une nuits, BnF
Source : « Thème 6. La circulation des œuvres et les échanges artistiques », ressource d'accompagnement du programme d'histoire des arts, voie générale, 1re, Éduscol, juin 2020.
Séquence complète : 5 séances (~20h) · 1 œuvre principale + 4 œuvres complémentaires